« L’eau est l’assurance-vie de l’homme », Interview de Loïc Fauchon, Président du Conseil mondial de l’eau, La Provence, 22 mars 2020

    A la veille de la Journée mondiale de l’eau et alors que la pandémie de COVID-13 ne cesse de s’étendre, le Président marseillais du Conseil mondial de l’eau appelle les gouvernements, comme les citoyens, à préserver et partager notre ressource la plus précieuse.

    La Provence : Comment le Conseil mondial de l’eau se positionne-t-il par rapport à cette crise sanitaire aussi inédite qu’inquiétante ? 
    Loïc Fauchon : Nous devons faire prendre conscience de l’importance de l’eau pour lutter contre ce virus, notamment au niveau de l’hygiène des mains et du corps, surtout dans des pays où l’on vit avec bien moins de vêtements que nous sur le dos, comme en Afrique. Nous adressons ensuite un message à tous les gouvernements : partageons l’eau et renforçons sa disponibilité pour que ce ne soit pas toujours les mêmes qui payent la note, c’est-à-dire les plus démunis. Il faut aussi que l’imagination soit au pouvoir et que les Etats agissent rapidement et concrètement pour rendre au maximum l’eau disponible, en assurant par exemple sa gratuité pendant un certain temps. On fera les comptes après…

    LP : Craignez-vous, en effet, que la crise du coronavirus occulte d’autres réalités, au moins aussi dramatiques ?
    LF : Relativisons en tout cas les choses. Le Covid-19 cause et va sans doute encore causer des milliers de morts dans le monde, mais ne perdons pas de vue que, chaque année, 350 000 enfants de moins de cinq ans meurent de diarrhées dues à de l’eau insalubre. Notre responsabilité est de dire : OK, le virus existe, mais les maladies hydriques comme la malaria, e choléra ou la dysenterie fons chaque année près d e2 millions de victimes. C’est la réalité quand on ne faire pas notre devoir et quand les fusils s’imposent aux robinets. A Nairobi, par exemple, 1,5 million de personnes survivent dans le plus grand bidon ville de la planète, dans les pires conditions d’insalubrité et de promiscuité. Comment peut-on croire qu’ils vont faire face au coronavirus…

    LP : Quels enseignements le Conseil peut-il tirer de cette crise ?
    LF : Dans l’urgence, le monde travaille sur des médicaments et des vaccins, mais sur le long terme, l’eau reste l’assurance-vie de l’homme et de la nature. Nous ferons donc inlassablement entendre notre voix pour la préserver et la rendre accessible. C’est pourquoi nous sommes très heureux d’accueillir à Marseille, le Congrès international de la nature car il constitue le plus grand rassemblement de défenseurs de la biodiversité et donc de l’eau.

    LP : Quels sont les autres dossiers sur lesquels travaille le Conseil ?
    LF : Nous avançons sur la sécurité de l’eau afin que les populations puissent en disposer, en qualité et en quantité, mais aussi sur son stockage, de plus en plus problématique à cause du changement climatique et de l’accroissement des besoins. Il faut une évolution radicale du concept de barrage avec la création des réserves aquatiques qui préservent à la fois la ressource, la faune et la flore, comme le bassin de Realtor, à Marseille. Dans le futur, il y aura d’ailleurs d’avantages de Realtor que de Serre-Ponçon. Un autre de nos combats est de faire cesser l’opposition entre urbains et ruraux. Il faut une solidarité absolue entre ces deux espaces.

    Recueilli par Philippe GALLINI