IL FAUT LEVER DES BARRAGES

    Loïc Fauchon, President of the World Water CouncilLe climat et son évolution vont, nous dit-on, assoiffer la planète. Si rien n’est fait bien sûr. Assoiffés, quelques milliards d’humains le sont déjà : pas ou peu d’accès à l’eau, eau polluée par l’agriculture, l’industrie et l’usage domestique, absence de toilettes, de réseaux d’égouts et d’épuration.
    L’eau, l’assainissement, pourtant devenus objectifs du millénaire, ne sont pas la priorité. Les fusils, les canons et le téléphone portable continuent à passer toujours avant l’eau potable.

    L’eau est pourtant présente à peu près partout, sur terre et sous terre, elle est disponible dans l’instant, mais pas toujours dans la durée. Nombre de pays, y compris la France d’aujourd’hui n’ont pas, ou plus, les moyens de la stocker face à la croissance démographique, à l’élévation des niveaux de vie, l’une et l’autre consommatrices d’eau, particulièrement dans les villes.

    Les barrages, réservoirs d’eau douce, ont mauvaise presse. Ils seraient attentatoires à la conservation de la biodiversité et consommateurs de terres utiles. Le résultat est là. En France le manque d’eau saisonnier devient patent. En août dernier, soixante-dix sur la centaine de départements métropolitains étaient sous astreinte préfectorale de limitation de consommation.

    On le voit, les pays les plus pauvres ne sont plus les seuls concernés, la Californie est au bord de la rupture, comme certains de ses barrages vieillissants et délaissés, entraînant une crise de l’eau sans précédent.

    L’humanité a pourtant depuis l’antiquité, veillé à conserver l’eau de l’hiver pour celle de l’été, le temps de la pluie et du ruissellement pour les moments de la soif.

    L’impératif pour demain est double : il faudra beaucoup plus de barrages, plus respectueux de dame nature, plus « intelligents », équitablement partagés entre les différents usages. Mais il en faudra beaucoup. Il faut aussi partout renouveler nos réseaux, nos tuyaux qui ici et là perdent de l’eau comme de vieilles chambres à air et contribuent à des gaspillages aujourd’hui inacceptables. Il faut enfin partout dans le monde convaincre les populations et notamment les jeunes générations de consommer mieux et moins.

    Vaste programme, impérieuse nécessité. Une obligation politique : sécuriser l’eau d’aujourd’hui et de demain.

    Loïc Fauchon, Président du Conseil Mondial de l’Eau